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Nous vivons dans une culture qui a presque oublié comment faire son deuil. Et pourtant, le chagrin est une partie essentielle de la vie lorsque l’on est humain, bien que j’aie aussi pu remarquer cela chez les animaux tels que les éléphants, singes et chiens. Il y en a d’autres, mais je vais me concentrer sur l’homme. C’est la pratique du deuil qui nous permet de continuer à vivre pleinement après une perte. Ce, peu importe sa grandeur. La dynamique du chagrin (et pour ma part, la prise de teinture-mère d’Aubépine), une fois pleinement expérimentée, est ce qui nous permet de guérir et de continuer notre chemin sur terre avec un esprit comme soulagé et en bonne santé. Ou presque.

Au cours de ces dix dernières années, j’ai perdu des êtres qui m’étaient très chers. Et je ne compte pas les animaux de compagnie. Je peux vous dire que sans cette démarche qu’est le deuil, certaines parties de nous peuvent rester bloquées. Cela fait maintenant un certain temps que je me refuse de faire le deuil de certains êtres. Et je suis pleinement conscient que c’est pour cela que mon corps crie, se tord de douleurs et me signale qu’il est temps de passer à autre chose. Entre les maux de dos, de membres, les insomnies à répétitions et les crises d’angoisses…

Mais revenons à nos moutons ! Nous portons tous un chagrin que nous qualifions d’unique dans notre vie. Il s’est installé selon nos propres circonstances. C’est comme si aujourd’hui nous considérions que nous sommes en deuil collectif. Nous sommes peinés par de grandes choses, telles que la perte d’un être cher, ainsi que par des choses plus subtiles et silencieuses, comme la fin d’une époque ou la mort d’une partie de nous-mêmes. Je fais référence à ses moments qui nous élèvent de bonheur et qui soudain, lorsque l’on vieillit, s’effaceraient pour ne devenir que souvenirs. Voyez comme j’étais si heureux de gambader en campagne le plus claire de ma jeunesse ou de voyager aux quatre coins du monde avec mes parents. Je n’avais pas de soucis de perdre qui que soit ou quoi que ce soit. Beaucoup trop jeune et innocent pour cela. Nous vivons également un nouveau type de deuil. Une période géologique durant laquelle l’action de l’homme a de fortes incidences sur l’évolution de la planète. De plus en plus d’espèces disparaissent chaque jour. Les paysages jadis intacts sur lesquels nous comptons et que nous entretenons depuis des millénaires disparaissent à vue d’oeil. Les cours d’eau s’assèchent, les glaciers fondent au fur et à mesure que la chaleur augmente, et comme si cela n’était pas suffisant, de nouvelles maladies surgissent alors que la population ne cesse de s’accroitre. Cette douleur qu’est celle de voir ma belle planète changer est peut-être la plus forte de toutes qui résonne en moi. Et c’est à moi d’apprendre à vivre avec. Mais bien que les rituels du chagrin soient profondément personnels ils n’en sont pas moins totalement universels. Bien que chaque personne comporte des rituels spécifiques, il existe de nombreux points communs qui nous unissent et expriment quelque chose d’essentiel à notre humanité.

La photo qui accompagne mes écris est celle d’un crâne de petit chien que j’ai remarqué en bord de route au mois de juin. Alors que je passais à pieds pour rejoindre une zone de récolte, j’ai aperçu ce qui semblait être un animal laissé mort, dans un sac poubelle, la tête dépassant. Là gisant sur le sol, j’ai tout de suite mis en image le pourquoi du comment celui-ci avait atterris à cet endroit. D’ordinaire personne ne jette jamais rien sur ce chemin. Cependant, ce jour-là il en était tout autrement. J’ai passé mon chemin tellement l’odeur était nauséabonde et n’ai pu d’ailleurs m’en dépêtrer les narines que quelques 30/40 minutes plus tard. J’étais choqué. Comment est-il possible de disposer d’un être autrefois vivant de cette manière. Peu importe le contexte, dans ma culture, dans ma façon de faire le deuil on enterre, on se recueil. Les mois ont passés, et j’ai gardé à l’esprit cette vision déstabilisante de cet animal qui autrefois, devait être de compagnie. J’avais comme une sorte de perversion à m’imaginer les différents stades de décomposition de celui-ci. J’ai fini par comprendre avec le temps, que c’était parce que je n’avais pas fait le deuil de cette découverte. Sans doute l’animal m’appelait afin de l’aider à passer de l’autre côté ? Qui sait…

Je suis donc retourné au même endroit et me suis promis de lui offrir un rituel de passage à ma façon. Sur place, je n’ai retrouvé que son petit crâne. Tout le reste était partis. Je suis allé chercher les quelques dernières fleurs qu’il me restait, et ai mis fin à ces pensées qui me hantaient, et par la même occasion offert à cet animal ma pratique du deuil. Je l’ai remercié d’avoir été, et lui ai demandé de bien vouloir nous excuser, nous, les humains. De nous pardonner. Je l’ai ensuite enterré, avec ses fleurs.

Le chagrin n’est pas linéaire. Cela ne commence ni ne finit de manière ordonnée. Et quand bien même cette fois-ci je n’ai pas éprouvé de tristesse, sans doute car ce chien n’était pas le miens, et que je n’ai pas eu la possibilité de le connaitre ; J’ai du travailler sur ce sentiment de culpabilité qui s’était installé.

Bref, le voilà enterré, et me voilà soulagé.

 


François
Herboriste folklorique, Folk Officinalis™
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Je suis aussi là pour partager mon savoir-faire ainsi que mes connaissances.
Ma curiosité réside principalement dans le monde naturel où je continue à étudier, pratiquer et à croire. Croire que tout ce dont nous avons besoin est fourni par Mère Nature à l’endroit ou nôtre génétique à évolué, sous nos pieds et qu’il suffit juste de tendre la main. Tout comme cela m’a été transmis, ma mission est de rendre le pouvoir aux gens de la guérison par les plantes.

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