Ce soir, en repensant à mes balades d’autrefois, je me suis souvenu d’une forêt toute proche, à peine deux kilomètres de la maison. Une forêt de pins sylvestres, denses et droits, à la fois austères et bienveillants. J’aimais m’y promener en fin de journée, quand la lumière du soleil venait se glisser entre les troncs, dorant les mousses et les tapis d’aiguilles. Je croyais cette forêt éternelle, car elle avait l’air laissée à elle-même — un peu sauvage, un peu désordonnée, comme les lieux qu’on aime justement parce qu’ils ne sont pas parfaits.
Et puis un matin, le calme a été brisé. Au loin, un grondement sourd, métallique. En m’approchant, j’ai compris. Les tronçonneuses, les engins, les camions. La forêt n’était plus. Là où s’élevaient les pins, il ne restait qu’un champ de souches, de copeaux et de boue. Un paysage presque irréel, post-apocalyptique, où régnaient encore l’odeur de la sève fraîche et la poussière de bois.
Je suis resté là un moment, sans trop savoir quoi penser. Cette forêt, je la connaissais bien. J’y avais vu des chevreuils, des écureuils, des oiseaux de toutes sortes. J’y allais souvent observer les saisons qui changent, les couleurs, les odeurs, la vie. Et soudain, tout cela avait disparu.
Alors j’ai continué à marcher, un peu plus loin, vers la lisière — là où la forêt coupée rejoint celle, plus jeune, qui borde mon domaine. Et là, parmi les restes, j’ai trouvé plusieurs blocs de résine, tombés de vieux troncs coupés. Ces morceaux ambrés, durs comme la pierre et pourtant pleins de parfum, m’ont rappelé pourquoi j’aime tant travailler avec ce que la nature donne.
Je les ai ramassés, doucement, avec cette impression étrange de sauver un fragment de mémoire.
De retour à l’atelier, j’ai décidé d’en faire de petits éclats à sucer pour la gorge.
Une manière modeste mais symbolique de donner une seconde vie à cette forêt disparue.
Les éclats de résine de pin sylvestre
Ces petits morceaux translucides rappellent à la fois le miel, la forêt et la chaleur d’un feu de bois.
Ils sont entièrement naturels — je ne leur ajoute rien d’autre que ce qu’ils contiennent déjà : pure sève solidifiée. Certains aiment y incorporer une touche de miel, de propolis ou même une goutte d’huile essentielle (de pin, de menthe, de thym). Moi, je préfère les laisser tels quels, bruts, car je considère que la résine suffit à elle seule à porter toute la forêt dans sa saveur.
Pour les préparer :
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Cassez la résine sèche en petits morceaux et purifiez-la doucement au bain-marie, sans jamais la brûler.
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Filtrez-la à chaud à travers une gaze fine, pour retirer les poussières et les débris de bois.
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Versez la résine encore liquide sur une plaque recouverte de papier sulfurisé.
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Laissez refroidir jusqu’à ce qu’elle durcisse, puis cassez en petits éclats.
Conservez-les dans un pot en verre, à l’abri de la chaleur.
Un petit morceau suffit pour adoucir la gorge, rafraîchir l’haleine et retrouver un peu du souffle des pins.
Je ne prétends pas remplacer les pastilles modernes, ni imiter les recettes d’apothicaires.
Mais j’aime cette idée : dans chaque éclat, un souvenir, un parfum, un écho.
Et même si la forêt n’est plus là, elle continue, à sa manière, de parler à travers ces fragments dorés.
Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille.

