L’amour en cage

pintades folk officinalis

Quand j’étais petit, j’avais deux oiseaux en cage. De minuscules créatures colorées que j’adorais. C’était la seule fois que j’ai eu des oiseaux en cage, parce que très vite, j’ai compris qu’ils sont plus beaux libres. Mais à huit ans, j’avais supplié mes parents, et ils avaient fini par céder. Je les regardais avec fascination, émerveillé par leurs gestes minuscules, par leurs voix délicates. Puis, un été, nous sommes partis en voyage, comme chaque année, et c’est ma grand-mère qui les a gardés.

Ma grand-mère n’aimait pas les oiseaux en cage. Elle avait des perruches et les laissait s’envoler dans la maison, elles revenaient toujours dans la cuisine, là où il était possible de les contenir un peu. Et c’est ainsi qu’un jour, l’un de mes oiseaux s’est envolé par une fenêtre entrouverte. La perruche ne pouvait pas passer, mais le petit oiseau, lui, a trouvé le chemin vers la liberté.

Quelques semaines plus tard, ma mère est revenue avec un autre oiseau, qu’elle avait trouvé, m’a-t-elle dit, dans la cour de son agence. Un bébé sans mère, qui avait besoin de la compagnie de l’autre. Il fallait que je les mette ensemble dans la cage. Et pendant des années, j’ai raconté cette histoire comme elle m’avait été contée. J’y voyais la preuve que la nature est résiliante, que deux créatures, même sans lien de sang, peuvent créer une famille. Que l’adoption est possible, que la solidarité est inscrite dans le vivant.

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Ce n’est que récemment que j’ai compris que l’histoire n’était pas exacte. Ma mère avait simplement racheté le même oiseau, et tout ce récit n’était qu’un mythe que j’avais entretenu pendant trente ans. Et pourtant, cette erreur, cette illusion, a façonné ma perception du monde. Elle a nourri mon intuition que la nature sait être inclusive, que les relations entre êtres vivants dépassent parfois la logique stricte de la biologie ou de la génétique.

La nature est cruelle, oui. Les hiérarchies, les luttes pour survivre, la prédation sont réelles. Mais elle peut être étonnamment solidaire. Dans les faits, l’adoption inter-espèces est rare, mais elle existe. Des oiseaux nourrissent des jeunes qui ne sont pas les leurs, des mammifères protègent des orphelins d’autres espèces. Ce n’est pas la règle, mais c’est possible, et c’est suffisant pour montrer que le vivant peut transcender la simple logique du sang et de la parenté.

Mon mythe personnel, même faux, a révélé une vérité plus large : que le vivant a une capacité de solidarité et d’adaptabilité que nous avons tendance à sous-estimer. Que parfois, laisser faire la nature, observer, et accepter la liberté de chacun, produit des alliances inattendues, des familles improbables, des liens qui n’étaient pas prévus mais qui fonctionnent.

C’est ce paradoxe que je garde avec moi : la nature est à la fois rigide et flexible, cruelle et généreuse. Elle sait tuer pour survivre, mais elle sait aussi accueillir un orphelin, protéger l’autre, et construire des solidarités inattendues. Et moi, enfant puis adulte, j’ai appris à lire ces signes dans mes petites expériences avec mes oiseaux, même si l’histoire était fausse. Parfois, nos illusions nous enseignent plus que la stricte réalité.

Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille

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